Cours du vendredi 27 mars: Etude de Mignonne, allons voir si la rose ( Ode à Cassandre)
Plusieurs commentaires à lire en complément de ce que nous avons fait en classe:Il est intéressant d'examiner plusieurs façons différentes d'aborder le texte:
1) Présentation du poème : introduire l’auteur et le poème
*Ronsard, poète de la Renaissance qui adresse ce poème à une femme. Voilà une petite phrase que j’ai trouvée sur le net et qui suffit amplement en guise d’introduction :
Mise en musique, chantée, récitée par des générations d’écoliers, cette ode à Cassandre est depuis 1550 la plus célèbre invitation à jouir de l’instant. Cassandre, fille d’un banquier italien, a transcendé le poète au point que celui-ci l’a idéalisée et élevée au rang des muses. Le système des odes purement métrique consiste en un retour en trois strophes, les deux premières étant de même structure.
*A Cassandre : le poème est dédié à quelqu’un (sans doute àl’une de ses maîtresses). Mais aussi, la personne réelle se superpose à la personne mythologique. Dans la mythologie, Cassandre c’est celle qui est maudite car elle voit l’avenir et n’est jamais crue (elle voit souvent des choses horribles : par exemple, que la guerre de Troie va avoir lieu, que Agamemnon va mourir etc…). Or ce poème est lui aussi une PREDICTION. Le message est très simple et reprend deux thèmes chers à la Renaissance :
a) carpe diem : cueille le jour présent (profiter de la vie)
b) memento mori : souviens toi que tu vas mourir
2) Projet de lecture
Notre projet de lecture est le suivant : le poète appelle la jeune femme à s’unir charnellement avec lui en utilisant une rhétorique bien connue qui s’appuie sur une comparaison à la nature :tu es belle et tu as un beau corps, il faut en profiter car tu vas finir moche, tu vas faner comme cette fleur et tu vas mourir.Il faut donc profiter de ta beauté et de l’instant présent.
Ce genre d’argumentation est utilisée par tous les poètes de la Renaissance, français , italiens, et anglais : Shakespeare dans les Sonnets, William Blake etc… Rien de nouveau sur le fond.
*La forme : trois sizains (car 6 vers par strophe) composés d’octosyllabes (8 syllabes par vers)
Et de rimes suivies (AA) et de rimes embrassées (BCCB)
Ce qui va guider l’explication de texte (il faut une idée forte) :
Comment le poème se donne à lire comme une tentative de persuasion pour convaincre la dame de céder/ donner ses faveurs ?
3)Analyse
A) Idées générales très importantes à dégager
*Très important : c’est un poème ADRESSÉ. Le poète parle à sa belle, comme le montre la première apostrophe qui ouvre le poème (Mignonne)
-relevez toutes les formes de l’adresse qui s’appuie sur les impératifs et les déterminants personnels de 2e personne : allons, voyez, votre beauté, votre jeunesse etc… C’est un poème qui essaie de TOUCHER et d’AGIR sur la locutrice, une parole en acte. On remarque que les formes de l’adresse ouvrent (mignonne, allons) et ferme le poème (votre beauté)
*tout le poème repose sur une figure de style essentielle : la MÉTAPHORE. La femme est comparée à la rose. Tout ce qui est dit sur la rose est transposable à la femme. On parle de la rose indirectement pour parler de la femme, si bien que lorsque le poète parle à la femme directement à la fin, c’est encore plus fort : il s’amuse à un jeu d’adresse directe (mignonne, etc) et d’adresse indirecte (la rose blablabla)
*Le Verbe VOIR :
Il s’agit de persuader par une forme de démonstration que l’on met sous les yeux de la femme ! C’est pour ça que le verbe VOIR se trouve au premier vers des deux premiers sizains « allons voir » et « voyez » : on remarque que ces deux verbes d’ailleurs sont des IMPÉRATIFS ; Le poète commande à la dame par les impératifs et l’exhortation qui sont des moyens pressants. Les deux premières strophes jouent sur l’apparence, les images et la vue, tandis que la dernière strophe joue sur le RAISONNEMENT. On passe de la vision à l’argumentation plus raisonnée. La transition est le « donc » (en gros : maintenant que tu as vu concrètement la mort de cette fleur sous tes yeux, voilà ce que tu dois comprendre)
*Les jeux antithétiques :
Tout le poème repose sur des jeux d’oppositions : les images positives par opposition aux images négatives (beauté, jeunesse, vie opposées à laideur, vieillesse, mort) : cela participe de l’ARGUMENTATION du poète. Il oppose deux visions pour persuader la dame de coucher avec lui.
èvoilà les grandes idées
B) Analyse dans le détail du texte, vers à vers
*vers1 :
-l’apostrophe « mignonne » qui ouvre le poème : rôle de l’adresse essentiel ; appellatif hypocoristique (une façon tendre de nommer la personne : ce n’est pas chère, tendre, chérie, mais une façon gentille qui marque d’emblée l’attirance sexuelle du poète)
-« allons voir si la rose » : d’emblée, le
poète utilise un verbe qui MÊLE la femme et le poème (« allons », ce
n’est pas « va » ou « je vais ») : le désir de fusion
participe de l’argumentation : faisons les choses ensemble) ;
remarquer l’exhortation : l’ordre (ce n’est pas : nous allons, mais
« allons »).
La rose va devenir le point de départ de la métaphore qui va se développer tout
au long du poème
*vers2 :
-remarquer l’enjambement (le vers 1 est incomplet en signification, c’est pour ça qu’on a besoin du vers 2, donc on parle d’enjambement)
-« qui ce matin avait déclose » (ça veut dire : qui avait ouvert ce matin sa robe de soleil)
Mettre l’accent sur la temporalité ici : le plus-que-parfait, et l’indice temporel (ce matin) montre ici un passé très proche (en gros Ronsard tente de dire : en un jour cette fleur meurt, donc faisons vite l’amour. C’est pourquoi il faut analyser précisément TOUS les indices temporels)
-ANALYSER CETTE RIME SUPRA INTÉRESSANTE : rose et déclose (en fin de vers) : là encore c’est une argumentation hyper subtile ! la rose = la femme ; déclose=ouvrir, or une rose qui s’ouvre, ou une femme qui s’ouvre, c’est chargé de connotations sexuelles. Faire rimer « rose » et « déclose », c’est dire à la femme : ouvre toi comme une rose pour moi.
*vers3
Nouvel enjambement : on comprend que ce qu’avait ouvert la rose était… (le suspens est laissé exprès) : sa robe. C’est métaphorique : la rose qui ouvre sa robe au soleil, ça veut dire qu’elle ouvre ses pétales, qu’elle vient d’éclore en somme… Qu’elle laisse voir son cœur.
-sa robe de pourpre au soleil : le pourpre c’est la couleur rouge foncé (celle des joues et de la bouche de la bien aimée aussi !) : Ronsard parle d’une rose rouge, naissante, qui a toutes les couleurs de la jeunesse, ce matin là quand il y avait du soleil. La rougeur peut aussi faire référence à la pudeur de la jeune femme qui ne manquera pas de rougir en entendant ce poème.
*vers4 à 6 :
Ça veut dire : « n’a pas perdu ce soir (la vesprée c’est le soir) les plis de sa robe pourprée et son teint qui est comme le vôtre » : c’est une succession d’enjambements. Donc le premier sizain veut dire en gros : mignonne, allons regarder ensemble si la rose, qui ce matin a ouvert sa robe de pourpre au soleil, n’a pas perdu ce soir les plis de sa robe pourprée ni son teint qui était pareil au vôtre » (en gros allons voir si elle n’a pas déjà fané en une journée)
Donc insister sur
-les aspects temporels : vesprée (le soir). On voit ici le passage du temps, les ravages du temps (elle a fané en un soir), le mouvement temporel de « ce matin » à « la vesprée ».
-l’association entre la femme et la fleur : « pareil »
-la perte : « elle a perdu » : le passé composé est irrémédiable. Il y a déjà l’idée de « mort » contenue dans l’idée de perte.
Deuxième sizain :
*vers1-3 :
-las= hélas. Ronsard répète « las » trois fois, et joue la déploration : il fait semblant de s’apitoyer sur la fleur pour que la femme prenne conscience qu’elle ne doit pas finir comme la fleur.
Ces trois vers veulent dire : hélas, regardez comme en peu de temps, mignonne, elle a laissé à cet endroit (en la place) hélas hélas ses beautés tomber (« ses beautés cheoir ») : concrètement, ça veut dire qu’il y a à cet endroit des tas de pétales (laisser tomber ses beautés = laisser tomber ses pétales = elle a fané et ses pétales sont tombés)
-remarquez l’apostrophe « mignonne » encore une fois : Ronsard n’oublie jamais son interlocutrice au milieu de la description ! Il revient toujours à elle : il ne veut pas de métaphore abstraite. Il la rappelle à l’ordre sans arrêt.
*vers 4-6
-invoque la mère nature, qui fait mal les choses « Marâtre Nature » (va à l’encontre de l’idée : la nature fait bien les choses)
-insister sur le comparant : « une telle fleur » sous entendu, voilà comment fonctionne cette fleur, mais j’espère que vous vous allez faire autrement (la femme aimée est une autre fleur)
-insister sur la temporalité : « du matin jusqu’au soir » : l’espérance de vie est très courte !
-remarquez toutes les exclamations ( !!!) : elles font partie de l’argumentation. Ronsard déplore la mort de la fleur afin de convaincre la femme de profiter de sa jeunesse et de ne pas attendre de devenir vieille à son tour !
Dernier sizain :
*vers 1 :
-retour à l’argumentation avec le connecteur logique « donc »
-la condition : « si vous m’en croyez » : vient achever le raisonnement ci-dessus
-l’interpellation : « mignonne », toujours du côté de l’adresse, pour argumenter
*vers 2-4
-la temporalité : profiter du temps présent, ce que montrent les verbes au présent de l’indicatif « fleuronne » et au présent de l’impératif « cueillez ceuillez » (en gros, profite du temps présent)
Idée du temps présent accentué par le champ lexical de la jeunesse : « nouveauté » ; « verte », « fleuronne » (ça veut dire être en fleur), « jeunesse »
-la persuasion par la répétition des deux verbes à l’impératif : « cueillez ». D’ailleurs ce vers renvoie explicitement à la formule : carpe diem (cueille le jour)è c’est la formule des Épicuriens.
-la rime : mignonne / fleuronne, met encore une fois l’accent sur la métaphore de la femme fleur. Mettre à la rime qqch qui renvoie à la femme (mignonne) et qqch qui renvoie à la fleur (fleuronne) permet de rapprocher les deux entités.
- les deux poins en hauteur à la fin du vers 4 introduisent l’explication qui vient conclure le poème
*vers 5-6
« Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté. »
C’est ici une comparaison explicite qui veut dire : la vieillesse fera ternir votre beauté comme elle l’a fait pour cette fleur.
*remarquer l’emploi du futur : il est connoté négativement (par opposition au présent connoté positivement) : fera ternir, c’est un euphémisme pour dire que la beauté va mourir
* « la vieillesse » est mise en fin de vers : cela met en valeur ce mot. Mettre à la fin d’un vers le sujet d’une phrase, cela le fait ressortir ! Du coup on a une rime importante car elle est antithétique entre jeunesse (vers 4) qui renvoie au temps présent et vieillesse (vers 5) qui renvoie au temps futur.
CCL : C’est un poème de persuasion ! L’argumentation est subtile. Le poète veut profiter de la beauté de la femme au présent, car si elle attend elle deviendra laide. Par contre, on peut conclure sur une idée nouvelle : si la Belle est destinée à perdre les pétales de sa beauté, le poète immortalise la beauté de la femme par l’écriture, et il n’y a aucune mort qui ravira la beauté de Cassandre fixée par l’écrivain. Il immortalise la beauté de celle dont il prévient contre sa future laideur, ce qui est profondément ironique.
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