Cours du vendredi 16 février: la tirade de Théramène et la mort de Phèdre

- Vocabulaire du théâtre à réviser pour le contrôle

-Dans le livre, notes prises sur Phèdre, une tragédie classique à réviser.

Etude du début de la tirade de Théramène à l'acte 5 scène 7

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Phèdre, Acte V, scène 6, le récit de Théramène
INTRODUCTION :
· Après l’aveu de Phèdre à Hippolyte, Thésée, qu’on croyait mort, réapparaît. Oenone
prend les devants et décide de calomnier Hippolyte. Ce dernier se défend en avouant
son amour pour Aricie. Thésée, pensant à une dérobade le bannit et jette sur son fils
la malédiction de Neptune. Récit par Théramène de la mort d’Hippolyte, bienséance
qui n’empêche pas des images très violentes.
1. Un adversaire monstrueux
2. Une mort sanglante


1. Un adversaire monstrueux
· Pour cause de bienséance, la mort n’est pas montrée sur scène, elle est narrée par
Théramène qui en fut témoin. Récit cependant évocateur et riche de détails permet à
Thésée et au spectateur de vivre l’événement « comme si on y était » Hypotypose.
· 1-9 : Début statique et descriptif. Emploi de l’imparfait, « il était sur son char ». Calme
avant la tempête. Description de l’état d’âme du héros innocent qui vient d’être
injustement banni par son père.
-Pathétique du respect de sa douleur qui s’étend à ses compagnons qui « imitaient
son silence »
-et jusqu’à ses compagnons non-humains, « ses superbes coursiers » qui « semblaient
se conformer à sa triste pensée »
· 10-27 : Irruption du monstre marin. Changement de temps : passé composé et
surtout présent de narration pour rendre le récit plus vivant et actuel.
-Champ lexical de la peur « notre sang s’est glacé », « le crin s’est hérissé »
-et de la démesure « formidable », « redoutable », puis « monstre furieux », « cornes
menaçantes », v 22 avec césure à l’hémistiche et chiasme : « Indomptable taureau,
dragon impétueux »
-et finalement retour à la peur « trembler le rivage », « horreur », « monstre
sauvage »
-qui s’étend à la nature dans son ensemble : énumération des éléments naturels :
« Le ciel », « La terre », « l’air », et v 27 « Le lot qui l’apporta recule épouvanté »
Monstruosité enfantée par la nature elle-même.
· 28-43 : Confrontation aux dimensions cosmiques souligné par la formule « Tout fuit »
où l’adverbe qui désigne la totalité est en position de sujet du verbe.
-Mais « Hippolyte lui seul » se détache en tant que « digne ils du héros ». Allusion à
la filiation, au « sang » dont la thématique sera largement exploitée ensuite.
-le 4ème élément naturel était manquant, c’est le monstre qui le révèle dans son agonie
« … de feu, de sang et de fumée »
-Hippolyte vaincu indirectement, par le biais de ses « chevaux », représentants de la
nature épouvantée »
-Abondance de détails réalistes « Ils rougissent le mors d’une sanglante écume » et
surnaturels « On dit qu’on a vu même… » sur le mode impersonnel. Intervenion
divine directe par les « aiguillons »


2. Une mort sanglante
· 44-57 : Course panique (cf. Pan) gouvernée par « la peur »
-Lexique de la destruction, matérielle d’abord « L’essieu crie et se rompt », « voler en
éclats », « fracassé »
-Puis, ponctué par une intervention du narrateur dans son propre récit, qui renforce
le pathétique en scandant de façon anaphorique « J’ai vu » (v50), la destruction
s’applique à Hippolyte, d’abord « embarrassé », puis dont le corps n’est plus « qu’une
plaie »
-Le calme revient en un lieu symbolique, près du tombeau de ses ancêtres. Mettre
Thésée devant sa faute, son ubris= démesure et souligner la fatalité tragique.
· 58-63 : Le spectateur suit le point de vue narratif de Théramène et ce qui le mène à
Hippolyte est son sang. Symbole polyvalent de vie, de mort, de passion, de courage,
mais surtout ici, de filiation. « la trace nous conduit », « teints », « dégoutantes » et
« sanglantes ». Arrivée tardive au moment où son oeil se referme.
· 64-74 : Dernières paroles d’un mourant, guillemets. Ironie tragique pour Thésée :
« innocente vie », « faussement accusé ». Théramène dans la position de dépositaire
et messager des volontés dernières « Dis-lui… » sur le mode injonctif « Qu’il lui
rende… » Cf. le statut d’Aricie, sa liberté et son rang princier. Volontés basées sur la
nécessité d’ « apaiser mon sang » après la mort.
-Théramène recueille le mort comme une mère son enfant. Horreur qui dépasse les


mots même de Théramène, pourtant insistants par le recours au conditionnel qui
évoque le spectacle prohibé de la mort dans l’esthétique classique « méconnaîtrait »
CONCLUSION :
· Récapitulation : Récit très visuellement évocateur qui dépeint la lute d’Hippolyte
contre une monstruosité fabuleuse qui provoque sa mort dans des lots de sang.
· Ouverture : Racine se conforme à l’esthétique classique en ne montrant pas. Le récit
est cependant paradoxalement si évocateur que la violence des mots fait concurrence
à la vue elle-même. Il va jusqu’à la limite de ce qui est permis, accepté, soutenable,
comme il l’a fait aussi dans l’autre grand moment de la pièce, l’aveu de Phèdre à
Hippolyte en poussant l’éroisme et la violence aussi loin qu’il était possible

Le dénouement de la tragédie:

Le tragique de la mort de Phèdre: cours à étudier.

Acte V, scène 7, vers 1622-1644

C’est en 1677 que Racine fait représenter Phèdre, pièce inspirée de deux tragédies antiques : Hippolyte, de l’auteur grec Euripide, et Phèdre, de l’auteur latin Sénèque. Racine place au centre de l’intrigue une héroïne déchirée entre sa passion violente pour son beau-fils, et sa conscience qui juge sévèrement cet amour interdit. 

Situation du texte : (cf. textes précédents) À la fin de l’acte III, le retour de Thésée a accéléré l’action. Le roi a cru la calomnie d’Oenone, confidente de Phèdre, contre son fils, Hippolyte, et, sous l’effet de la colère, sans écouter ses protestations d’innocence de son fils, a appelé contre lui la malédiction de Neptune. L’acte IV se termine sur la jalousie de Phèdre, qui renonce ainsi à disculper Hippolyte. Mais l’acte V fait naître chez Thésée des doutes, trop tardifs : le récit de Théramène lui apprend la mort terrible d’Hippolyte. Dans cette scène 7 nous arrivons au dénouement.

Quel sens donner à l’ultime aveu de Phèdre ?      

UN PLAIDOYER    

L’aveu intervient de façon brutale, dans les trois premiers vers de la tirade, introduit par un alexandrin au rythme brisé qui marque l’urgence, renforcée par le recours à l’impératif. Il est affirmé par le pronom tonique et le présentatif en tête du vers 1623, tout comme est placé en tête de vers le verbe qui exprime la faute : « osai ». Cette faute, en rappelant le rôle joué par le regard dans la passion racinienne, se traduit par le chiasme des adjectifs : « ce fils chaste et respectueux » / un oeil profane, incestueux ». La chasteté, rejet de l’amour, s’oppose en effet directement à l’idée d’inceste, amour interdit, comme le terme « respectueux », qui renvoie au sacré, s’oppose à « profane », signe de l’impureté. C’est bien cette notion d’impureté, de sacrilège qui soutient l’aveu. 

Mais l’on notera déjà la brièveté de cet aveu, en deux vers, de même que le thème du regard, porteur de la faute souvent mentionné dans la pièce, semble amoindri par la formule « jeter un oeil ».  De plus, aussitôt cet aveu formulé, deux excuses sont introduites. La première est la fatalité : sans mention précise de Vénus, Phèdre se présente comme une victime, passive, l’action sournoise de la divinité étant reproduite par le jeu des consonnes [ s ] et [ f ], qui figure le glissement du désir au plus profond de soi, donc l’aliénation subie. Puis sept vers vont être consacrés à Oenone, visant ainsi à effacer la culpabilité directe de Phèdre, qui ne se représente plus que dans sa « faiblesse extrême », totalement impuissante. Les termes qui accusent Oenone sont très violents (« détestable », « La perfide », « abusant »), et Phèdre évoque sans le moindre regret la mort de celle qui a, malgré tout, agi pour la sauver : « A cherché dans les flots un supplice trop doux ».

  === On note donc l’ambivalence de cet aveu qui, tout en affirmant une culpabilité, tente simultanément de redonner à Phèdre une part d’innocence.

  UNE EXPIATION 

Au même titre que la parole (le premier aveu à Oenone) avait noué l’intrigue, il est nécessaire que ce soit la parole qui la dénoue. Cet aveu, prélude à la mort, devient donc une confession, et va en jouer le rôle : purifier l’âme du pécheur pour lui ouvrir les portes du ciel.  Ainsi s’explique le retour au « je », avec l’affirmation forte, « j’ai voulu », et la place en écho à la rime de « remords » et « morts ». La parole ultime de Phèdre est donc une réhabilitation d’Hippolyte, seule propre à mener à sa propre réhabilitation, en plaçant Thésée dans le rôle de confesseur (« devant vous exposant mes remords »), ce qui justifie également le fait que Phèdre, contrevenant à la règle classique des bienséances, vienne mourir sur scène. Mais l’on notera qu’Hippolyte n’est nommé que par une périphrase (« je laissais gémir la vertu soupçonnée »), comme si, jusqu’au bout, Phèdre redoutait, en prononçant son nom, de redonner à la passion une force qui l’empêche de poursuivre. 

Le choix du poison comme agent de sa mort joue un double rôle. L’allusion à Médée, elle aussi criminelle (meurtre de sa rivale, Iole, et de ses propres enfants) place Phèdre dans la lignée mythologique des monstres criminels. Il fallait aussi un tel poison pour que sa mort soit à la hauteur de sa faute et permette ainsi l’expiation par une lente agonie : « par un chemin plus lent descendre chez les morts ». Ainsi s’explique le contraste, souligné, entre la violence de la passion coupable (« mes brûlantes veines ») et les sensations produites par l’agonie : « un froid inconnu », et la reprise du mot « cœur », siège de la passion qui doit donc être le premier puni : « dans ce cœur expirant ».

      La tirade se clôt donc de façon solennelle, de façon à reproduire la lente progression de la mort avec les répétitions qui ralentissent l’agonie en imitant la progression du poison : « J’ai pris, j’ai fait couler », « Jusqu’à mon cœur… / Dans ce cœur… ». On note le rythme final, longue phrase ralentie par les anaphores de « déjà », qui ouvrent sur deux vers, puis quatre, et de « et », comme si Phèdre allait jusqu’au bout de son souffle, illustré par les reprises sonores, le [ R ]  combiné d’abord au [ p ], puis au sifflement du [ s ]. 

La fonction expiatoire des ultimes paroles de Phèdre se trouve enfin confirmée par le champ lexical du regard dans les derniers vers. Le regard avait, en effet, induit la faute : Phèdre rappelle cette impureté avec les verbes « outrage » ou « souillaient ». Après avoir atteint le « cœur », le « venin » doit donc éteindre ce regard coupable : « Je ne vois plus qu’à travers un nuage ».

  === L’éteindre, c’est éteindre la faute, c’est échapper à ses juges, les dieux, Thésée, et rétablir l’ordre troublé : ainsi « la pureté » peut à nouveau régner sur « le jour », et « la clarté » s’installe au moment même où Phèdre entre dans la nuit.

   CONCLUSION 

Nous mesurons dans cette tirade l’ultime fonction du langage. Au même titre que le langage a montré, au fil de la tragédie, son pouvoir de tuer, ce dénouement révèle aussi son pouvoir de sauver, et Racine retrouve ici la dimension chrétienne de la parole. L’aveu du chrétien, son ultime confession avant la mort, pourra lui apporter la réhabilitation. 

Ainsi est rempli le rôle qu’Aristote assignait à la tragédie. Selon ce philosophe de l’antiquité grecque, la tragédie a pour rôle de provoquer chez le spectateur la « catharsis », c’est-à-dire la purification des passions coupables. Or Racine, par le dénouement qu’il donne à Phèdre, retrouve cette fonction initiale : en mourant, Phèdre rétablit l’ordre qu’elle avait un temps troublé, et, de ce fait, apporte aux spectateurs l’apaisement. Comme il le dit lui-même dans sa Préface il s’agit bien, pour cet auteur classique, « d’instruire les spectateurs » ce qui est bien « la véritable intention de la tragédie« .

Comparaison du dénouement dans la mise en scène de Matthieu Cruciani et dans celle de Chéreau vue en classe. 

Au début de la scène, en quoi la position de Phèdre est-elle significative ? Comment évolue-t-elle jusqu’à sa mort ?


La dernière apparition de Phèdre au début de cette scène finale peut étonner car sa position diffère du reste du spectacle. Dès son entrée dans l’acte I scène 3, elle apparaît courbée, contorsionnée entre le sol et les cieux. Ici le port du corps est fixe, faussement droit, la position des mains laisse voir l’artificialité de son maintien : à la manière d’un corset, Phèdre fait l’effort de se tenir debout alors que le poison agit. La lutte intérieure, physique et morale, s’exprime d’abord par cette fixité affectée. Puis la vérité – cet autre poison courant dans les veines de Phèdre – se libère et le déchirement du corps reprend jusqu’à l’agonie. Le corps se courbe, bave, se redresse et s’avance, aimanté par celui d’Hippolyte gisant de l’autre côté. Mais, malgré ses efforts pour l’atteindre, cette mort sur le corps de son amant lui sera refusée. Elle rampe, le souffle altéré, comme une bête blessée, un soldat épuisé dans une tranchée, pour enfin trouver le repos du trépas, la main tendue vers Hippolyte comme dernière expression du désir, accomplissement cathartique (le mythe grec) et expiatoire (sa réécriture chrétienne par Racine) du personnage. Thésée refuse tout honneur à celle qui vient de mourir, en appelle à l’oubli, et la mise en scène accompagne ce mépris par le geste de Thésée recouvrant à moitié le corps de son épouse.

Dénouement violent: dernières images après la mort bavante de Phèdre, Thésée qui se couvre le visage du sang d'Hippolyte.

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