A propos de la pièce Phèdre! que nous avons commencé à regarder en classe sur Cyrano
Comment transmettre sa passion pour un texte ? François Gremaud met en scène la comédie Phèdre !, un monologue joyeux et interactif d’après la tragédie Phèdre de Racine. L’auteur classique français écrit la passion ardente de Phèdre, reine d’Athènes, épouse de Thésée, pour son beau-fils Hippolyte. Son tort, sa faute, est d’avouer cet amour brûlant, alors que Thésée est absent et bientôt soupçonné mort : toute la tragédie repose non sur des actes, mais sur des paroles prononcées – des paroles qui disent la passion et qui vont mener à la mort l’aimé et l’aimante. Phèdre, considérée comme la tragédie la plus aboutie de Racine, est ainsi le drame de la passion et des mots. François Gremaud ne met pas en scène Racine à la lettre, mais la passion pour les mots de Racine : la passion de Phèdre devient celle du théâtre lui-même. Avec pour décor une simple table, seul en scène, Romain Daroles est une façon de conférencier qui présente, livre en main, devant une salle de classe ou un auditoire de théâtre, le texte de Racine. Il raconte les merveilles de l’alexandrin, les divines généalogies mythologiques des principaux personnages.
NOTE D’INTENTION
Phèdre !
Mes intentions sont toutes entières contenues dans ce titre.
Bien sûr, on le devine, il sera question de Phèdre, la plus fameuse et plus jouée des tragédies
de Racine.
Pourtant, bien que son principal sujet, elle ne sera pas le véritable sujet de ce spectacle.
Ce dernier se cache sous le point d’exclamation, ce signe de ponctuation qui, au temps de
Racine, était appelé point d’admiration (du latin admirari, composé de ad – et de mirari,
« admirer », « s’étonner »).
En effet, le véritable sujet de Phèdre ! est l’admiration que son unique protagoniste – Romain,
façon d’orateur – voue à la tragédie de Racine.
Un admirateur, par définition, considère avec un étonnement mêlé de plaisir quelque chose
qui lui paraît beau, qui lui paraît merveilleux.
Mon ambition est de mettre en partage avec les spectateurs·rices cet étonnement mêlé de
plaisir en abordant simultanément, par le biais d’un conférencier débordant d’enthousiasme,
différentes facettes de la pièce : la langue unique et merveilleuse de Racine, la force des
passions qu’il dépeint mieux que personne, les origines mythologiques des protagonistes
(Phèdre, « fille de Minos et de Pasiphaé », petite-fille du Soleil, demi-sœur du Minotaure),
le contexte historique de l’écriture de la pièce (théâtre classique français du XVIIe)
De fait, j’entends pas moins que partager – outre mon admiration pour Phèdre en particulier –
mon amour pour le théâtre en général, cet art vivant qui ne cesse de célébrer la joie profonde
d’être au monde.
Une théorie voudrait que l’origine du point d’exclamation vienne de l’exclamation de joie, io
en latin, qui aurait été abrégée d’un i au-dessus d’un o.
Ainsi, comme dans tous mes spectacles – et bien que la pièce de Racine soit une tragédie –
il sera dans Phèdre ! question de joie, cette « force majeure » dont « le privilège est de savoir
triompher de la pire des peines » comme le résume formidablement le philosophe Clément
Rosset.
FRANÇOIS GREMAUD
FÉVRIER 201

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