Cours du vendredi 26 janvier: Les aveux d'Aricie et ceux d'Hippolyte

 A retenir

I.     Le personnage d'Aricie : un double masculin d'Hippolyte et une anti-Phèdre (lecture commentée des vers 415 à 462)

 -          Première apparition d’Aricie : présence de nombreuses interrogations et sur la suite des événements politiques, et sur les sentiments d’Hippolyte à son égard.

-          Nouvelle scène d’exposition : Aricie et Ismène relatent l’état antérieur des relations entre les personnages.

-          Doute d’Aricie sur son avenir politique ; Ismène y voit l’occasion pour sa maîtresse d’asseoir sa légitimité politique et ayant recours à l’amour d’Hippolyte.


 Etude de la tirade :

-       Femme victime d’un sort injuste ;

-       Aveu de l’amour pour Hippolyte : « Dût connaitre l’amour et ses folles douleurs ? »

-       Souvenir du massacre de sa famille  : « Le fer moissonna tout, et la terre humectée / But à regret le sang des neveux d’Erechthée. » Métaphore filée de la moisson très souvent reprise pour signifier la guerre.

-       Femme fière et authentique : sorte de double masculin d’Hippolyte.

-       Opposition Phèdre/Aricie dans la finalité de la séduction. Phèdre a séduit un Thésée volage, et n’y gagne par conséquent aucune fierté, aucun mérite ; tandis qu’Aricie cherche à faire fléchir l’être qui par excellence ne peut tomber amoureux, ce « héros de la chasteté ». Comparaison entre l’inflexibilité d’Hercule au combat et celle d’Hippolyte en amour.

-       Peinture d’Hippolyte comme un être naturel, qui a toute la beauté et la grâce d'un héros mais qui n'en a pas conscience, qui ne s'en soucie pas. : « J’aime en lui sa beauté, sa grâce tant vantée / Présents dont la nature a voulu l’honorer, / Qu’il méprise lui-même, et qu’il semble ignorer. »

-       Aricie apparaît comme un personnage combattif et héroïque, qui cherche à triompher d’un ennemi difficile à vaincre, tandis que Phèdre apparaît comme une opportuniste. Elle fait preuve d'une forme d'orgueil en se lançant le défi de séduire Hippolyte.

ð L’aveu d’Aricie vise à établir un parallélisme avec celui d’Hippolyte et à lier symboliquement les deux personnages pour le lecteur, qui sait donc déjà l’issue fatale de Phèdre, tierce personne. 

II.     L'aveu d'Hippolyte : une passion galante et pure (lecture commentée des vers 524 à 560)

 -Contexte, ce qui précède la tirade

         Hippolyte abroge les lois contraignantes et de servitude que Thésée a imposées à Aricie et sa famille

-          Ton galant d’Hippolyte, qui mêle enjeux politiques et sentimentaux : la liberté offerte à Aricie est aussi la liberté de l’aimer librement. La démarche politique est préméditée, celle d’offrir Athènes à Aricie, mais la démarche sentimentale prend le dessus dans le langage.

-          Hippolyte propose à Aricie le partage du domaine de Thésée : Hippolyte conserve Trézène, le fils de Phèdre la Crète, et Aricie l’Attique. Mais dans son discours, sorte de soumission d’Hippolyte qui trahit ses sentiments : « Un frein plus légitime arrête mon audace : / Je vous cède ou plutôt je vous rends une place / Un sceptre que jadis vos aïeux ont reçu / de ce fameux mortel que la terre a conçu. » (v.493 sq.)

ð la proposition gratuite d’Hippolyte relèvent du vocabulaire galant et donc d’une démarche de séduction.

 

Etude de la tirade :

-       La passion se déclenche comme toujours d’abord par la vue : « en vous voyant » (v.523)

-       Aveu d’Hippolyte marqué par le naturel et la simplicité. Il fait l’expérience ingénue de la dépossession de soi, d’une forme de dépersonnalisation qui lui fait comprendre son sentiment. « Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ? » (v.536) IL ne se reconnaît plus. Il a changé.

-       Opposition entre deux représentations d’Hippolyte, un avant et un après la passion : rejoint l’opposition temporelle centrale.

-       Passage du sage philosophe épicurien contemplant les « orages » de la passion au naufragé (v.533-534) de l'amour comme les autres.

-       Concomitance temporelle sur la naissance de la passion avec Phèdre : « depuis près de six mois… » (v.539)

-       Impossibilité de fuir la passion : « Contre vous, contre moi, vainement je m’éprouve : / Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve. » Jeu sur les pronoms et les ellipses de personnes, sur les parallélismes.

-       Il s’agit d’un véritable changement pour Hippolyte, qui correspond au mot de Théramène : « Tout change ». Racine se sert de l’imaginaire d’Hippolyte, naturel, farouche, guerrier, pour retracer la violence de la passion amoureuse. Hippolyte ne se reconnait plus lui-même, oublie les « leçons de Neptune », perd de l’intérêt pour les éléments qui le définissaient  « Mon arc, mes javelots, mon char, tout m’importune. », les chevaux;

-       Image du coup de foudre : « Un moment a vaincu mon audace imprudente » (v.537) + « Portant partout le trait dont je suis déchiré » (v.540) => le trait d’amour, la flèche de Cupidon, sens propre et sens figuré + allitération en [r] pour mimer la violence et l’impossibilité d’échapper au sentiment . g

-       Fin de la tirade met en avant l’authenticité de cette parole : « récit d’un amour si sauvage » ; « farouche entretien ». Hippolyte est l’homme qui ne connait l’amour que par l’expérience qu’il en fait, d’où le fait qu’il parle « une langue étrangère » (v.558) puisque la situation est totalement nouvelle.

-       551-552 : ANNONCE DE SA MORT.

« Qu’Hippolyte sans vous… » montre que le héros tente de se reconstruire une identité, de concilier intérêt politique et intérêt sentimental.

 

Conclusion

-       La pièce Phèdre ne présente pas uniquement la passion comme une autodestruction du sujet, comme une violence physique et morale. La passion s'exprime également par le langage traditionnel de l'amour et du bonheur, ici rendue par les deux aveux.

-       Le couple Aricie-Hippolyte est assez unique dans le théâtre de Racine : amour réciproque, mais que les péripéties, et surtout Phèdre, viendront empêcher. Rend également compte du fait que les dissensions politiques importent peu face à la puissance de l'amour.

Pour mercredi prochain lire seul le troisième acte en s'aidant s'il le faut du résumé scène par scène de votre livre.

 

 

 

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