Cours du mercredi 8 novembre ( Pour les présents au cours et les absents.)
I - Lecture de suite de la nouvelle Woodstown: proposition de Capucine et de Marie. Après chaque lecture, discussion sur la réussite par rapport à la consigne donnée.
- A retenir: quand l'élève prend plaisir à écrire, ça se sent, donc s'investir, s'engager dans l'écriture améliore la qualité du texte.
- Attention à ne pas s'éloigner trop du style du texte d'origine quand on le continue ou alors il faut rédiger longuement pour préparer un retournement de situation. ( réflexion à partir de la proposition de Capucine: femmes qui prennent contact avec la nature et l'apaisent par de nouveaux liens).
- Eviter dans les descriptions d'en rester à des termes génériques, chercher à représenter le réel le plus précisément possible donc forcément se livrer à une recherche de vocabulaire.
II. Lecture de la Suite de la nouvelle de Woodstown de Daudet!texte complet
III: initiation au commentaire littéraire.
Plan détaillé au tableau + feuille distribuée avec le plan détaillé que je remets ici.
I Une
histoire angoissante
Le but est de montrer que le fantastique produit des effets de peur.
UN TEMPS ANGOISSANT
On s’appuiera sur le travail de recensement des indicateurs de temps pour montrer que la chronologie du récit
est facteur d’angoisse. La force ennemie étant réglée sur le calendrier des
saisons, le temps qui s’écoule rapproche inéluctablement les hommes de leur
défaite. De plus, il y a l’effet d’accélération qui précipite la chute de
Wood’stown, à partir de l’arrivée du printemps. On pourra parler d’un récit
dramatisé.
UNE DOUBLE MENACE
Première menace : l’encerclement puis l’envahissement par la forêt.
Deuxième menace : les planches de bois qui ont servi de matériau de
construction reviennent à leur état de nature initial. La ville redevient
forêt. Une phrase résume ces deux menaces : « Évidemment la forêt venait
reconquérir sa place au bord du fleuve et ses arbres, abattus, dispersés,
transformés, se déprisonnaient pour aller au-devant d’elle. ̈
LE GIGANTISME ET LA PROLIFÉRATION
La dimension de la forêt dépasse l’échelle habituelle. Le narrateur insiste sur
le gigantisme : « immense forêt ̈, « toutes ces lianes ̈,« toutes ces racines
̈, « arbres gigantesques ̈, « racines monstrueuses ̈, etc.
La vigueur de la végétation est elle aussi étonnante. Exemple :« Quand on
l’abattait par un bout elle repoussait d’un autre. ̈ Cette vigueur incroyable
explique la prolifération de la forêt renaissante au printemps (à partir du
quatrième paragraphe). Le temps de la repousse, plus rapide que la normale, est
proprement fantastique. Exemples : « le sol commença à s’agiter, soulevé par
des forces invisibles et actives [...].Tout à coup, [...] tout était saupoudré
d’une teinte verte, [...]c’était une quantité de bourgeons microscopiques [...]
; mais, avant le soir, des bouquets de verdure s’épanouissaient partout sur les
meubles[...]. Les branches poussaient à vue d’œil ̈, etc. Cette accélération
temporelle va de pair avec l’envahissement de l’espace. On fera relever les
expressions de la quantification (« une quantité de bourgeons ̈, « tout était
saupoudré ̈, « toute une avant-garde de ronce ̈, « tous les appartements ̈,
etc.) et les pluriels (« les branches ̈, « ronces ̈, « lianes ̈,« les grappes
fleuries ̈, « des papillons ̈, « les abeilles ̈, etc.). On insistera sur le
style énumératif qui produit l’impression d’accumulation, et la complexité des
phrases qui miment l’entrelacement des branches et des lianes. On pourra
s’appuyer sur le 8e et le 9e paragraphes pour le montrer (de « D’heure en heure
̈ à « le dôme immense des catalpas ̈).
LA PERSONNIFICATION DE LA FORÊT
La représentation de la forêt est facteur d’angoisse car elle est proprement
fantastique : la forêt est personnifiée sous la forme d’un être vivant
monstrueux. On fera relever tous les éléments de personnification, en
dissociant les traits physiques (« elle regardait ̈, « comme des ailes ̈,etc.)
et les traits psychologiques (« quelle rancune terrible elle gardait contre
cette ville de pillards ! ̈, etc.).
LES
SENTIMENTS DES HABITANTS :
On classera ce qui est du ressort de l’incompréhension et ce qui est de celui
de la peur. On soulignera les effets de crescendo.
II• Un apologue
Le but est de dépasser la simple compréhension littérale et de montrer que sous l'histoire angoissante se cache une réflexion.
UNE FABLE
ÉCOLOGIQUE
Les hommes sont montrés avant tout comme les destructeurs de la nature. On
pourra ainsi analyser le 2e paragraphe. Liés au feu (les incendies) et à la
glace (la neige), les fondateurs de Wood’stown construisent leur cité nouvelle
sur un paysage d’holocauste. La dernière phrase de ce paragraphe fait entendre
une ironie grinçante : après avoir infligé une double mort à la nature, «
désormais on pouvait bâtir ̈.
Dans le 4e paragraphe, les hommes s’assimilent à de véritables parasites (des «
pillards ̈). Le nom même de la ville indique que « tout Wood’stown était fait
avec sa vie à elle ̈, la forêt.
Enfin, l’organisation urbaine (voir le 3e et le 4e paragraphes) s’oppose à la
profusion désordonnée de la luxuriante végétation.
Le conte peut alors se lire comme la revanche de la nature sur la culture, du
vierge et du vivace sur l’artifice et le mortel.
UNE FABLE NATURALISTE
On aura soin de rappeler la proximité de Daudet avec le naturalisme, mouvement
qui proclame que le monde est régi par ce qu’Auguste Comte nomme les « lois de
la nature ̈. Aucun homme ne peut se soustraire à ce déterminisme universel. Il
est donc possible d’interpréter le conte comme une métaphore de la condition
humaine. Les hommes essaient de lutter contre la puissante nature (installation
d’une ville). Ils semblent y réussir un temps (construction au prix d’un combat
acharné). Mais cette victoire n’est qu’un leurre. La forêt reprend ses droits
et efface toutes les traces du désordre que les hommes ont généré.
À la fin, le règne sans partage de la nature est entièrement rétabli. On ne se
soustrait jamais aux « lois de la nature ̈.
UNE FABLE TRAGIQUE
La réflexion sur le naturalisme amène à parler de la dimension tragique du
texte. La construction de Wood’stown n’émane-t-elle pas d’un rêve prométhéen ?
L’hybris des hommes est notamment signalé par l’expression « ville insolente ̈.
Mais cette entreprise n’est possible que parce que les hommes semblent inconscients
de leur démesure. Ils n’en prennent conscience qu’une fois la reconquête
végétale bien entamée :
« On ne s’aperçut de rien. [...] Cette bizarrerie [...] amusa sans inquiéter ;
[...] la foule se pressait pour voir les différents aspects du miracle. Les
cris de surprise, la rumeur étonnée detout ce peuple inactif donnaient de la
solennité à cet étrange événement. Soudain quelqu’un cria : “Regardez donc la
forêt !” et l’on s’aperçut avec terreur que,depuis deux jours, le demi-cercle
verdoyant s’était beaucoup rapproché.
[...] Alors Wood’stown commença à comprendre et à avoir peur. ̈Il est même
possible de déceler de l’ironie tragique, par exemple dansl’évocation de ces
savants, gardiens du savoir, qui délibèrent, mais qui neserviront de rien –
peut-être même, peut-on voir, dans cette allusion, un trait satirique porté
contre les positivistes de l’époque qui tiennent la science comme la clef de
l’émancipation et du progrès. De même, le contraste qui oppose l’aspect
paradisiaque de la nature et l’enfer que vivent les habitant de Wood’stown
participe-t-il de cette même tonalité.
On fera en particulier relire le 8e paragraphe et noter la phrase : «
Puis,comme une ironie au milieu de ce désastre [...] comme une preuve de durée.
̈ Enfin, l’incipit, par anticipation, revêt un aspect burlesque. Relisons les
premières phrases : « L’emplacement était superbe pour bâtir une ville. Il n’y
avait qu’à déblayer les bords du fleuve. ̈ Tout le reste du
récit vient démentir l’optimisme de ce début.
En classe, vous avez essayé de rédiger un paragraphe argumenté de commentaire, essayez pour mercredi prochain de l'améliorer en utilisant le plan détaillé que j'ai distribué et remis en ligne. attention à ne pas faire de copier/coller mais à reformuler.
Commentaires
Enregistrer un commentaire